Miner son propre terrain

En jasant avec des amis aujourd’hui, nous sommes arrivés à une théorie intéressante empruntée aux stratégies guerrières.

Un territoire convoité

Supposons que je suis chef d’un bataillon couvrant un territoire très désiré par mes adversaires à quelque part dans un pays en guerre. Au fil des semaines, mes adversaires prennent du terrain de façon évidente. Les stratèges évaluent mes chances de gagner la prochaine bataille à peu près à 30%.

Pour la prochaine bataille annoncée, je devrais devoir jouer salaud pour penser peut-être gagner. Et si je gagnais la prochaine bataille, mes forces seraient décimées, la perception de mon armée deviendrait négative dans la population du pays et je perdrais toute légitimité de régner sur ce futur royaume durement gagné.

Par contre, si je savais pertinemment que mes chances de gagner étaient très minces ET qu’une équipe de sauvetage prévoyait venir me chercher quelques jours après le début de la bataille, que je pouvais sauver mon équipe et partir en choisissant de prendre le “high road”, je pourrais adopter une stratégie différente.

  1. J’aurais tendance à créer une bataille qui semble être ma dernière bataille. Le genre de bataille que mon adversaire douterais que je pourrais gagner.
  2. J’irais ensuite mettre une ligne de soldat au front pour donner l’impression que je me bats pour ma vie.
  3. Je confirmerais ma stratégie de sortie pour être certain que ma carrière est protégée
  4. Et vous pourriez être sûr que je passerais chaque minute de la journée à :
    • Détruire tout le territoire prisé par mon adversaire
    • Creuser des trous énormes qui prendraient des mois à remplir
    • Miner le terrain pour que mes adversaires aient des mines leur explosant au visage pendant des années
    • Lancer une équipe de désinformation dans la population pour miner la crédibilité de mon adversaire
  5. Finalement, j’attendrais jusqu’à la dernière minute avant de m’en aller, en expliquant que pour le bien du pays, je cèderais devant mes adversaires afin de sauver la population d’une affreuse guerre.

Bref, j’accepterais de perdre temporairement du terrain pour mieux préparer mon retour.

Deux ans plus tard

Deux ans plus tard, alors que mes anciens adversaires auraient hérité de mon terrain miné,  qu’ils auraient déçu la population locale quant à leur capacité de faire mieux que moi, je pourrais dire :

Je vous avait dit que nous étions le bataillon le plus efficace pour gérer le territoire, que les nouveaux conquérants n’étaient pas à la hauteur. Vous avez fait une erreur d’appuyer ce genre d’équipe !

et je proposerais à la population de reprendre mon ancien territoire, pour que tout soit comme avant.

Mon successeur

Supposons aussi que je sache pertinemment que c’est la dernière guerre que je veux mener, que j’ai un poste de haut commandement dans une autre unité déjà garanti et que ma présence comme chef a été si prenante qu’aucun autre sous-officier n’est prêt à prendre ma place à court terme ?

J’adopterais définitivement la stratégie précédente en me disant que tant qu’à laisser le terrain à mon adversaire, aussi bien l’affaiblir pendant le plus longtemps possible pour laisser le temps à mon bataillon de nommer un nouveau chef et de lui laisser le temps de maitriser l’environnement avant de revenir attaquer.

Si j’étais le chef d’un bataillon dans une situation de défaite humiliante annoncée, c’est exactement comme ça que que je planifierais ma sortie.