Le Québécois, espèce opprimée

Je ne comprends pas. Nous savons, par certaines études, que la répression ne constitue pas une méthode permettant de changer un comportement. Il s’agit d’une méthode de coercision permettant de faire cesser, immédiatement, un comportement déviant. Par contre, la personne ayant subi la répression peut y voir une injustice et se rebuter encore plus contre l’organe répresseur. C’est pour cette raison que les détenus ont accès à un réseau entier d’accompagnateurs pour se réhabiliter après avoir reçu la mesure répressive. C’est aussi pour cette raison que des professionnels oeuvrent dans le réseau scolaire à accompagner les élèves en difficulté en prévention et en réaction à des échecs.

(Ok, je parle du Parti Québécois plus bas. Je n’ai aucun parti pris, je veux seulement exposer comment une idéologie peu distordre un discours, sur un point de vue purement communicationnel)

Le Parti Québécois, un visage à deux faces

(Doux, doux, c’est juste un titre) Le Parti Québécois a apporté des changements lors de la réforme scolaire en interdisant aux professeurs de faire doubler les élèves dans les années intermédiaires sous prétexte que la répression (redoubler) causait des torts au développement de l’enfant. Le courant socialiste adopté par le PQ est aussi, en général, en faveur d’une réduction de la répression et d’une augmentation de la réhabilitation.

Par contre, le Parti Québécois prône ouvertement le modèle répressif de la loi 101 pour tout ce qui touche la langue au Québec (Ok, même si l’Office de la langue française permet aux entreprises de se conformer à la loi avec un support financier pour faciliter la conformité). Il dénonce aussi le concept d’accès aux écoles passerelles anglophones accessibles aux riches, concept adopté sous la forme de la loi 115 passée sous le baillon par le Parti Libéral.

La répression ne fonctionne pas si appliquée seule

Ce qui ne fonctionne pas dans le discours du Parti Québécois, c’est qu’on doit éviter la répression d’un côté, mais qu’on doit redoubler d’effort pour réprimer l’utilisation de la langue anglaise. C’est prouvé, la répression doit s’accompagner d’une réhabilitation. Qu’est-ce qu’offre le PQ comme outil de réhabilitation pour contre-balancer les désagréments de ne pas savoir parler anglais ? Qu’a à offrir le Parti Québécois aux jeunes qui veulent compétitionner à l’international lorsqu’ils obligent l’utilisation du français et la diminution des opportunités d’immersion pour faciliter l’adoption d’une nouvelle langue ?

La semaine dernière à Tout Le Monde En Parle, Pierre Curzi a démontré à quel point le PQ était coincé dans un dilemne idéologique. Il a affirmé que c’était injuste que des riches puissent accéder à des écoles passerelles anglophones et que les plus pauvres ne puissent y accéder. Ce qu’il sous-tend, c’est qu’il y a un bénéfice à passer par les écoles passerelles. S’il n’y avait pas de bénéfices, on ne parlerait même pas de cette situation. En mettant l’emphase sur l’injustice, il indique que les personnes qui n’y auront pas accès seront désavantagés.

Donc Pierre Curzi démontre que les écoles passerelles anglaises sont assez importantes pour y accorder de l’attention, que les pauvres sont brimés en y ayant pas accès, mais que l’éducation devrait se faire en français, pour respecter la loi 101. Ce que ça démontre, c’est que la prose peut être ajustée à souhait pour les besoins idéologiques, même si l’argumention ne tient pas la route. Nous sommes en présence d’une distorsion de la communication à des fins idéologiques.

Ce que la vie nous apprend

Dans le début des années 1900, les notables étaient presque exclusivement anglais au Québec. Ou plutôt était-ce parce qu’on était anglais qu’on pouvait accéder à un poste notoire puisque c’était la langue d’usage pour le commerce. En ce début des années 2000, avec une mondialisation plus présente, l’avantage compétitif à titre de travailleur provient de la capacité d’interagir avec le monde (comme dans planète, pas comme dans personne). Parler anglais est sexy parce que ça ouvre des portes. Parler anglais est sexy parce que ça rapporte de l’argent.

Si tu es pour réprimer un comportement, tu dois avoir un maudit bon plan de réhabilitation efficace pour justifier tes actions. Si le système scolaire francophone actuel permettait vraiment d’apprendre l’anglais. Si, en tant que Québécois, nous inculquions vraiment une culture de fierté de la langue tout en comprenant l’importance d’apprendre l’anglais à nos enfants, nous pourrions vraiment justifier la répression. Tant que nous allons former des personnes inaptes linguistiquement, nous ne pouvons même pas imaginer utiliser la répression.

Parce que quand on le fait, on s’assure de conserver notre mentalité de conquis, on permet de chiâler contre les méchants anglais, on se vautre dans notre clique-qui-se-comprend-tellement-dans-notre-petite-misère.

Parce que quand on le fait, on ne sonne pas big. On sonne petit. Et être petit, c’est pas comme ça qu’on fait des enfants forts.